mardi 13 décembre 2011

120 millions $ comptant

À la demande de Richard Goulet lors de la dernière séance du conseil, j'écris dans ce blog que Richard Goulet a déclaré que La Ville de Granby a payé 120 M $ comptant sur 200 M $ d'investissements dans les infrastructures depuis les 6 dernières années.  Pourquoi l'écrire?  Voici la vidéo:

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Analysons tous ces propos:

- 200 M $ dans les infrastructures

Pas tout à fait vrai.  Voici une description de travaux d'infrastructures et de leurs coûts estimatifs lors d'un projet d'emprunt de cet été.  Pour chacun des 3 projets, j'attire votre attention à la ligne «Frais de financement» où il est indiqué « ±2.00 % ».  Ces frais, ce sont l'équivalent des frais que vous avez lors de l'ouverture d'un dossier d'hypothèque à la banque.  Pour avoir le «privilège» d'emprunter, vous devez payer des frais.  Deux pour cent du montant à emprunter, c'est la norme.  Le plus drôle, c'est qu'on inclus toujours ces frais dans l'emprunt, ce qui signifie que vous devez payez les intérêts sur 15 ans pour ces frais aussi.

En analysant les documents, vous voyez des montants de 24 292 $, 30 613 $ et même 5 772 $;  Ça semble anondin.  Mais pour des emprunts totalisant 80 M $, 2.00 %, ça représente 1.6 M $, soit l'équivalent des travaux d'infrastructure pour une rue supplémentaire.  Tout ça en seulement 5 ans d'endettement.

Aussi, dans les 200 M $ dont M. Goulet cite, je vous garanti que la rue Grove est incluse dans ce montant.  Vous savez, celle qu'on doit recommencer en partie (1 M $ est prévu pour 2012), à peine 5 ans après l'avoir reconstruite au complet.  Quand on gaspille, c'est facile de «booster» les montants.  

Richard Goulet a aussi la fâcheuse habitude d'oublier trop souvent les intérêts à payer.  Emprunter sur 15 ans, même avec un taux d'intérêt de 3.5 %, représente une augmentation de la facture de 30%.  Avec 80 M $ d'emprunt, ça représente 24 M $ supplémentaire.  Cet argent ne servira pas à construire des infrastructures.  Il faudra donc le déduire des budgets futurs pour payer le luxe et le privilège que nos élus se sont offert, soit celui d'emprunter.

Le 200 M $ fond rapidement lorsqu'on tient compte de tous les coûts.

- 80 M $ d'emprunt

Pas tout à fait vrai.  En fait, il RESTE 80 M $ à rembourser.  Nous avons emprunté plus que ça.  Depuis 2008, nous faisons des paiements et donc nous remboursons le capital de nos emprunts petit à petit.  Le montant exact je ne le connais pas, mais j'estimerais que nous avons remboursé environ 7 M $ depuis le début de notre endettement.  Donc, 87 M $ emprunté serait déjà un peu plus juste comme montant total emprunté.

-120 M $ comptant

En ne tenant pas compte de ce qui vient d'être dit: Pas tout à fait vrai.  Richard Goulet le dit clairement d'où vient cet argent.  En résumé deux endroits distincts: Le compte de taxes et les subventions.  Le compte de taxes, c'est clair, c'est de l'argent comptant.  Les subventions, ce n'en est pas.  Même si les subventions seraient payées comptant, ce ne serait pas de l'argent comptant du point de vue de la Ville.  C'est un investissement des gouvernements fédéral et provincial, un point c'est tout.  Les promoteurs construisent les rues résidentielles de Granby et les donnent à la Ville après avoir vendu leurs terrains.  Personne ne considère ça comme de l'«argent comptant» pour la Ville, même si ces rues sont comptabilisées selon leur valeur réelles dans les livres de la Ville.

Pire encore, les gouvernements supérieurs empruntent toujours pour leurs subventions et ils les financent grâce à l'argent des contribuables.  On est loin du concept de l'«argent comptant».

- «On devrait être même applaudi pour ça»

Pas tout à fait vrai.  La raison pour laquelle l'administration Goulet peut payer autant d'infrastructures comptant, c'est parce que les administrations précédentes ne leurs ont pas laissé de dettes.  Ce sont eux qui devrait être applaudis.

Par exemple, en 2007, 14 M $ comptant ont été investi dans les immobilisations de la Ville, alors que la dette était à zéro.

Voyons voir ce que M. Renaud, directeur des finances pour la Ville de Granby, avait à dire en comparant le budget 2012 avec le budget 2011:

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2007: 14 M $
2011: 9,6 M $
2012: 6,6 M $

Ce n'est pas un hasard qu'à chaque année la part payée comptant pour nos immobilisations diminue: la dette augmente.  Rappelez-vous aussi que les budgets de 2011 et 2012 sont, respectivement, de 79 M $ et 85 M $, alors que celui de 2007 était, de mémoire, aux alentours de 60 M $.  Comment ce fait-il qu'on a plus de revenus, mais qu'on met moins d'argent comptant dans les immobilisations ?

L'année dernière, pour le budget 2011, j'avais invité tout le monde à aller signer le registre contre l'emprunt en sortant une phrase-choc:  «Nous augmentons l'hypothèque pour payer l'épicerie.»

Je voudrais vous faire entendre un commentaire de M. Renaud lors de la présentation du budget 2012. Petite mise en contexte:  M. Renaud explique d'où proviennent les hausses dans les dépenses comparativement au budget 2011 (hausse de la TVQ, fond de pension, écocentre, service de la dette, etc.).  Le dernier point est celui que je vous présente dans la vidéo.  M. Renaud nous dit pourquoi on paye 3 M $ de moins en argent comptant pour nos immobilisations:

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«De façon à financer les dépenses que vous voyez.»

Après avoir expliqué quelles seront les hausses des dépenses, il nous dit où il trouve l'argent pour payer l'épicerie:  On diminue la part comptant des immobilisations, donc on augmente les emprunts, c'est-à-dire l'hypothèque.  Je maintiens toujours pour cette année:

Nous augmentons l'hypothèque pour payer l'épicerie.

Ajout, 19 juin 2012:

 Est-ce 200 millions $ sur 6 ans, c'est beaucoup?  Je vous invite à lire le discours d'un autre maire de la Ville de Granby que je viens de trouver récemment sur l'Internet.  Le discours, fait le 21 août 1999, a été dit durant l'inauguration du parc du millénaire, soulignant ainsi le remboursement complet de la dette de Granby en 5 ans et demi.  En autre, on y mentionne:

«Cette longue quête d'excellence au niveau de la gestion municipale nous aura permis d'économiser des millions et des millions de dollars pendant toute ces années. En 1993, il en coûtait 29,5 millions de $ pour faire fonctionner notre ville, alors qu'aujourd'hui, en 1999, moins de 25,5 millions $ suffiront pour assurer les mêmes services et même plus, pour une ville qui a tout de même bénéficié de nouvelles constructions totalisant 200 millions de $ depuis 1993.»

Je vous rappelle qu'à l'époque, tout était payé comptant et, en plus, on remboursait la dette.  La Ville n'était pas encore fusionnée et elle comptait seulement 45 000 habitants plutôt que 60 000.  Sa richesse foncière uniformisé était environ 1,5 milliard $ plutôt que les 5 milliards $ qu'elle vaut aujourd'hui.  Comparer les budgets de 25-30 millions $ d'hier avec ceux de 70-80 millions $ d'aujourd'hui démontre bien la valeur du 200 millions $ d'hier.

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