mercredi 3 décembre 2014

Vous ne lirez pas cet article

Non, vous ne lirez pas cet article.  La raison est simple: ça n'intéresse personne.  J'ai pourtant tenter de travailler avec les autres pour faire avancer les choses, mais on m'a clairement dit que ça n'intéresse personne.  Aujourd'hui, je me dois de démontrer que mon travail avait de la valeur;  Ne serait-ce que pour préserver ma santé mentale.

Budget 2013

En décembre 2012, le conseiller Michel Mailhot présentait le budget 2013.  Dans la vidéo suivante, il nous explique comment on doit voir l'augmentation de 8% du compte de taxes (je suis désolé pour les 10 premières secondes sans image, c'est un problème technique de la station de télévision):

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Pour lui, une augmentation de 8% dès la première année pour une durée de 3 ans est l'équivalent de 2,6% par année.  À l'époque, j'étais dans l'assistance et j'ai sursauté en entendant ça.  Le tableau suivant montre ce qu'aurait été sur le compte de taxes une augmentation de 2,6% par année par rapport à 2012 comparativement à ce que M. Mailhot a présenté (8% dès la première année):


annéeScénario 8%Scénario 2.6%
2013154 $50 $
2014154 $101 $
2015154 $154 $

Il me semble que la différence est simple à voir:  On prend l'augmentation qu'on devrait avoir en 2015 et on l'applique aux années précédentes.  C'est comme si vous alliez chez votre épicier et qu'il vous dirait:

«Aujourd'hui je te vends ma canne de petits pois 1.00 $.  Mais à cause de l'inflation, l'année prochaine je vais devoir te la vendre 1.10 $, l'année suivante je te la vendrai 1.20 $ et la troisième année, ça sera probablement 1.30 $.

Sais-tu quoi? Étant donné que je devrais augmenter à 1.30$ dans 3 ans, je ne perdrais pas de temps et je vais l'augmenter à 1.30 $ dès l'année prochaine.»

C'est le raisonnement le plus stupide que j'ai jamais entendu.  Et pourtant nos élus le font sans que personne ne réagisse.  Personne ?  En fait, je l'ai fait.  Bon je suis le seul, mais quand même.  La vidéo suivante présente le résultat de mon intervention à peine quelques minutes après les propos de M. Mailhot.  Admirez la technique d'équipe pour me ridiculiser:

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J'aime bien les accusations de M. Mailhot:

«Vous faites une allusion à la population - Vous avez la chance d'avoir le micro - que ça va être 8 % par année.  J'aime pas votre allusion.  Vous travaillez dans cette façon là, pis c'est pas l'fun de passer des mauvais messages à la population.»

Celle de Mme Éliette Jenneau n'est pas meilleure:

«Alors l'insécurité que vous essayez de mettre dans la tête de nos citoyens, nos citoyennes, ce soir, j'en vois pas l'utilité en fait.»

Apparemment, je cherchais à faire peur aux gens et ce, sans fondement.

La réalité

Voilà, aujourd'hui nous somme à l'aube de 2015.  Surprise, il y aura une augmentation du taux de taxes!  On nous a dit 53 $ de plus.  Le tableau précédent n'est donc plus vrai.  La dernière ligne doit être modifiée:

annéeScénario 8%Scénario 2.6%
2013154 $50 $
2014154 $101 $
2015207 $154 $

Non seulement nous avons payé une augmentation équivalente aux prévisions de l'augmentation pour 2015 pour les années 2013 et 2014, mais un coup rendu en 2015, on augmente l'augmentation prévue!

Pensez-vous que M. Mailhot qui m'accusait de faire des allusions en 2012, va défendre ses propos de 2012, soit:

«C'est sur 3 ans, je le répète,  parce que je ne veux pas entendre que les gens disent qu'on augmente notre coût de taxes de 7% cette année, c'est vraiment sur 3 ans, ça fait uniquement 2,3 % d'augmentation.»

Meeeeeeeeuh Non, voyons!

Il ne parlera pas, comme d'habitude.  Et si jamais quelqu'un le forcerait à parler, il mettra l'accent sur le fait qu'il avait aussi dit (grâce à mon intervention) que rien n'était garanti.  Le 2.3 % par année? C'est le passé.  Regardons plutôt vers l'avenir les augmentations qu'on vous propose, question de vous faire avaler celle de cette année.

Mais ce n'est pas le même maire, me direz-vous?  Oui mais il était là lors du dépôt du budget 2013 par M. Mailhot.  Voulez-vous entendre ce qu'il avait à dire sur l'augmentation du compte de taxes lors de cette même réunion?  Vous allez voir, écouter les propos d'hier de M. Bonin et comparez-les avec ses actions d'aujourd'hui, c'est pissant:

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Vous l'avais-je dit?  Tordant.  M. Bonin ne semble plus parler de diminution de taxes aujourd'hui.

Et si les hausses de taxes étaient justifiées?

Soyons neutre et objectif pour un instant.

Comme M. Bonin nous le rappelle dans la vidéo précédente, M. Goulet et ses acolytes nous ont toujours dit que Granby en bas de 80¢, c'est ingérable.  Aujourd'hui, M. Bonin, qui a maintenant le loisir de prendre les décisions, semble démontrer la même chose.  Tout ceci semble indiquer que M. Bonin avait tort.  Et si M. Bonin avait tort alors qu'il était déjà sur le conseil à l'époque (Et même sur le comité des finances à une certaines époque), alors M. O'Breham a probablement tort aussi et ne pourrait certainement pas faire mieux lui aussi.

M. Bonin présente beaucoup d'avantages comparativement à son prédécesseur, notamment ses relations cordiales avec ses citoyens et son honnêteté intellectuelle du fait qu'il augmente les taxes pour les dépenses qu'il fait plutôt que d'augmenter la dette et de faire croire aux citoyens que tout est gratuit.  Espérons qu'il continuera sur cette voie.

Mais est-ce que l'argent est bien dépensé?  Je crois qu'il a encore des croûtes à manger.  Je ne sais pas ce qui se passe lorsqu'on dépose son derrière dans un siège à la table du conseil, mais on dirait que ç'a un effet très négatif sur le gros bon sens.

Laissez-moi vous démontrez que M. Bonin aurait pu vous annoncer une baisse du taux de taxes au lieu d'une augmentation et ce, seulement en vous démontrant à quel point l'achat de l'usine Cresswell pour la future piscine est une très mauvaise affaire pour les contribuables granbyens.

La piscine

Je ne veux même pas mettre en doute la nécessité de construire une piscine.  On prend pour acquis que c'est une nécessité.

Le conseil vient tout juste de donner son accord pour l'achat de l'usine Cresswell en vue d'y installer cette piscine.  Prix d'achat: 2.9 millions $.  Les coûts de démolition sont aux frais du vendeur, et ceux de décontamination sont 50/50 entre la ville et le vendeur, jusqu'à concurrence de 500 000 $ pour la ville.  Ce qui signifie que le coût final pour la ville pourrait être de 3.4 millions $.

La Voix de l'Est nous dit que «La valeur marchande du terrain, selon les évaluations obtenues par la Ville, oscille entre 2,6 et 2,9 millions$, dit le maire.».

Le terrain vaut 2.9 millions $ selon les évaluations.  Vraiment?  Vérifions donc la propre évaluation de la ville du 553 Léon-Harmel:

Valeur du terrain:            195 000 $
Valeur du bâtiment:         743 000 $
Valeur de l'immeuble:     938 500 $

Visiblement, on est loin de l'évaluation de la Ville (surtout si on ne considère que le terrain, comme l'article le mentionne).  L'évaluation de la Ville est pourtant représentative de la valeur marchande et vous n'avez qu'à regarder des sites d'agent immobilier pour vous apercevoir que les prix demandés (et non les prix vendus) et les évaluations de la Villes sont très similaires.  La compétence du service d'évaluation ne peut donc être remise en cause.

Alors pourquoi payer 3 fois plus ?  C'est vrai, le terrain doit être décontaminé.  Mais depuis quand est-ce la responsabilité de l'acheteur de payer la décontamination ?  Normalement, on vit plutôt la situation inverse:  Un acheteur prend possession du terrain, il s'aperçoit qu'il est contaminé, puis il poursuit le vendeur pour vice caché afin de se faire rembourser les coûts de décontamination.  Et si le vendeur le déclare lors de l'achat, son terrain vient perdre énormément de valeur.  Ici, au lieu que le pollueur paye, c'est encore le contribuable.

C'est vrai aussi qu'en cas d'expropriation, on doit payer les frais pour le déménagement imposé; et c'est normal.  Ici, il n'y a pas d'expropriation, mais s'il n'y avait pas eu d'entente, la Ville y aurait été contrainte et elle aurait dû en faire une.  Mais l'usine en question vit des temps difficiles car le potentiel de croissance n'est plus là.  Elle va concenter ses opérations dans son autre usine, réduire ses effectifs d'une quinzaine de personnes et prendre l'argent pour réinvestir dans ses équipements.  La situation semble plus être une fermeture inévitable qu'un déménagement imposé.  Un acheteur sérieux aurait su jouer cette carte pour faire son offre d'achat au moment opportun (un bâtiment vide aurait eu une moins grande valeur).  Mais il y en a qui ne peuvent pas attendre.  Finalement, on vient de subventionner indirectement les activités industrielles d'une usine.

Bref, cet immeuble est loin - très loin - de valoir 2,9 millions $.

Comme pour le conseil précédent, on a aussi la mauvaise habitude de dire à tout le monde qu'il n'y a qu'une seule possibilité:  On veut la Cresswell, c'est ça ou rien.  Bonne chance dans vos négociations avec de tels propos.

Au fait, combien ça vaut un terrain de 263 000 pi.ca., sans bâtiment?  Celui de la Cresswell est évalué à 195 000 $.  C'est environ 3 millions $ de moins que ce qu'on s'apprête à payer (On ne s'enfargera pas dans les virgules).

Vous rappelez-vous, il y a un jour pas si lointain, la ville était propriétaire d'un terrain qu'elle a vendu 1,25$/pi. ca.?  Le «deal» du siècle nous disait-on.  Même un juge de la Cour Supérieure avait une opinion allant dans ce sens.  Bon, c'est un «deal» tellement payant qu'on doit maintenant augmenter les taxes ... mais je m'éloigne du sujet.  Ce terrain est un des quartiers chauds de la Ville.  Les gens de ce quartier doivent traverser un pont chaque fois qu'ils veulent utiliser les services de la Ville, au point que certains sont prêt à construire un autre pont.  Il y a aussi dans ce secteur, le complexe Artopex (C'est drôle, c'est financé par le privé ... Aaaaargh, j'ai dit que je ne parlerais pas de la nécessité pour une ville d'investir dans une piscine!).  On pourrait donc y développer un «quadrilatère des sports» à cet endroit.  À l'époque où la Ville était propriétaire, on avait même eu la générosité de donner un terrain à la commission scolaire pour qu'elle y construise une école.  Ah, le bon vieux temps où l'on était riche!

Bref, si on aurait garder 263 000 pi. ca. des terres Miner (si vous n'aviez pas encore compris de quel terrain je parlais) avant de les vendre (ou si on en ferait l'expropriation aujourd'hui), à 1,25 $/pi. ca., ça nous aurait coûté que 330 000 $.  Encore 3 millions $ de moins que ce que ça coûte pour la Cresswell.

Oui, on peut avoir une belle argumentation en faveur de la Cresswell pour y établir une piscine.  Mais on peut aussi y trouver des désavantages et on peut faire une belle argumentation pour d'autres options aussi.  Et payer 3 millions $ de plus qu'une autre option, pour moi, c'est pesant dans la balance; Surtout en période d'austérité et surtout lorsque les subventions ne sont pas garanties et que le projet ne pourra pas se faire sans elles.

Ce qui me choque le plus, c'est qu'aucun conseiller n'a commenté le dossier.  Ç'a passé comme une lettre à la poste.  Et nous avons, pas un, mais deux agents immobilier siégeant sur le conseil.  Jamais vous me ferez croire que, dans le privé, il ne dirait pas que c'est trop cher payé pour ce terrain.  Qu'est-ce que ça donne d'avoir des experts sur le conseil si on ne peut pas profiter de leurs expertises?

Et le compte de taxes, dans tout ça?

L'augmentation de taxes que nous subiront en 2015 rapportera 1,6 millions $ à la Ville.  Pour nous faire avaler la pilule, le maire Bonin nous imageait:

«Avec 1,6 million$, on fait un kilomètre de rue»

Notez qu'il ne parle pas de financer l'achat de son terrain pour la piscine;  Les rues, ça paraît toujours mieux.

Pourtant, si le conseil aurait fait une négociation plus serrée, il aurait pu facilement économiser ce 1,6 millions $ et la hausse de 2015 n'aurait pas été nécessaire et ce, sans réduire les investissements dans les infrastructures de rue.

Pire encore, s'il aurait choisi un autre terrain et économiser 3 millions $, il aurait pu BAISSER le taux de taxes de 2,5 ¢ au lieu de l'augmenter de 2,5 ¢; Toujours sans réduire les investissements ailleurs.

Voilà pourquoi je maintiens encore que la Ville pourrait être gérée à moindre coût.  Et encore, on n'a même pas parlé des 4 millions $ qu'on paye chaque année pour les intérêts sur la dette, soit l'équivalent de 6 ¢ sur notre taux de taxes qui ne nous rapportent absolument rien.

Mais voilà, personne ne lira cet article.  Et même si quelqu'un le ferait, personne n'ira questionner le conseil concernant ses décisions douteuses.  Le fauteuil de notre salon est plus confortable.

Pour ma part, c'est terminé.  Même si je le voudrais, je n'en ai plus l'énergie.  Et le peu d'appui que j'ai eu m'a enlevé toute ma crédibilité dans ces dossiers.  J'ai seulement écrit cet article pour ma thérapie personnelle, donc il n'est pas nécessaire que vous laissiez des commentaires ou que vous me contactiez pour me féliciter.  Si vous voulez faire quelque chose, allez brasser le conseil pour les réveillez un peu et les maintenir sur le qui-vive.

Sinon, continuez d'attendre que les gouvernements dilapident vos fonds avant de réagir.  Mais ne vous plaignez pas quand il n'y en aura plus et que vous vivrez un régime d'austérité.  En démocratie, c'est lorsque les décisions sont prises au conseil qu'il faut réagir, et non pas manifester dans la rue quand notre côte de crédit est abaissée.

En passant, à Granby, les décisions sont prises à la séance publique du conseil et non pas un samedi matin, une fois par mois.  Vous êtes des adultes responsables, capables de comprendre ce qui se passe à ces réunions, du moins si vous en faites l'effort.  Ne vous laissez pas distraire par des réunions qui n'ont aucun poids politique et qui vous distraient des «vraies affaires».  Si vous continuer, on finira par vous retirer le droit de participer aux «vraies» réunions.

Édition:

Incroyable, pas aussitôt terminé d'écrire cet article que je lis le Granby Express où on peut y lire:

«Une fois le terrain remis en état, la Ville va disposer d'un vaste espace de 24 740 mètres carrés (263 393 pieds carrés). Le prix de vente représente donc un peu plus de 117$ du mètre carré. «Ce qui est conforme à l'évaluation que notre directrice Chantal Leduc, du Service de l'évaluation, en a faite pour un terrain sans bâtisse et décontaminé», peut-on lire dans la résolution adoptée lundi soir.»

Apparemment, c'est le service d'évaluation de la ville qui a fait l'évaluation de 2,6 à 2,9 millions $ (J'aimerais bien voir cette évaluation et, surtout, les comparatifs utilisés, car ça ne correspond pas avec ce que j'ai vue de certains terrains que j'ai rapidement analysés).  Mais voilà, c'est pour un terrain d-é-c-o-n-t-a-m-i-n-é.  Y a-t-il quelqu'un qui peut m'expliquer pourquoi on paye, en plus, la moitié de la décontamination alors qu'on donne déjà un montant équivalent au haut de la fourchette de prix?

Je vous le dis, nos agents immobilier qui siègent sur le conseil dorment sur la switch.  C'est pas vraiment plus gratifiant pour les autres conseillers non plus.