lundi 2 août 2010

Une dette est un fléau?

Notre ami Valère Audy a écrit un texte intitulé: «Le fléau de l'endettement».  Il est de ceux qui habituellement nous disent de ne pas s'inquiéter avec l'endettement de la Ville, c'est normal et sans conséquence grave.

Je pourrais en dire long sur les mauvaises conceptions de l'économie citées dans ce commentaires et malheureusement acceptées par la majorité populaire.  Mais concentrons-nous plutôt sur celles qu'on peut relier à la gestion municipale.

«De récentes données révèlent que la dette moyenne des ménages canadiens excède 41 000 $, ce qui dépasse de beaucoup leurs revenus annuels. Il suffit donc de peu pour ébranler ces ménages. Une perte d'emploi et c'est la catastrophe.»

Je suis d'accord avec le montant de la dette moyenne des ménages canadiens, par contre je ne crois pas qu'elle "dépasse" leurs revenus annuels.  Je crois plutôt qu'elle est au même niveau, soit environ 40 000 $ par année.

Comparons avec la Ville de Granby.  Nous avons environ 68 M $ de dettes accumulées cette année et nous avons 73 M $ de revenus d'inscrit dans le budget.  Richard Goulet nous dit de ne pas s'inquiéter tant que nous n'aurons pas atteint 115 M $, puisque c'est la 'norme' pour une municipalité.

Pourquoi un particulier vivrait une catastrophe si un imprévu arrive alors qu'il est endetté à la hauteur de son revenu annuel et qu'une corporation municipale pourrait s'en tirer?

Pour estimer l'importance d'une dette d'une municipalité, on la compare généralement avec l'évaluation foncière de la Ville.  Ceci a le même effet que de la comparer avec son revenu annuel puisqu'il est aussi comparable avec l'évaluation foncière de la municipalité.  Malheureusement, trop de gens croient à tort que cette comparaison est similaire à comparer une hypothèque avec la valeur de la maison.  Mais l'évaluation foncière ne réprésente pas ce qui appartient à l'ensemble de la Ville, mais plutôt à ce qui appartient à chacun des individus qui la composent.  Si la Ville ne paient pas ses dettes, ils ne viendront pas saisir votre maison, au pire on pourrait saisir l'hôtel de ville ou le garage municipal (C'est à titre d'exemple, car ça n'arrivera jamais puisqu'on peut toujours augmenter les taxes).

«Si, encore, les adultes étaient seuls à s'endetter... et pour des biens durables. Mais non. Même les jeunes s'endettent, et cela, pour bien autre chose que préparer leur avenir. Souvent pour des gadgets dont ils pourraient se passer.»

Bon, ici passons par-dessus le fait que les jeunes ont le dos large et attardons-nous aux idées suivantes:  «S'endetter pour des biens durables» et «Des gadgets dont ils pourraient se passer».

1°  Est-ce que s'endetter pour un bien durable est différent que de s'endetter pour un bien consommable?  Du point de vue du prêteur, la réponse est OUI, car si le bien est consommé alors qu'il n'est pas payé, il est plus difficile de se faire rembourser s'il n'y a pas de garantie.  Du point de vue de l'emprunteur, la réponse est NON.  Si vous achetez une voiture usagée (un bien durable) d'une valeur de 5 000 $ et un voyage (un bien consommable) d'une valeur de 5 000 $  et que vous n'avez que 5 000 $ en poche et que vous empruntez le 5 000 $ manquant, que vous disiez emprunter pour la voiture ou le voyage ne changera rien au résultat final:  Vous aurez fait un voyage, vous aurez une voiture dans votre cour et vous aurez une dette de 5 000 $.  Cette notion d'emprunter pour un bien durable est un bel exercice de marketing pour encourager les gens à emprunter.

2°  Quelle est la défintion de «gadgets dont on pourrait se passer»?  Qui détient la vérité absolue sur cette définition?  Est-ce que les jeux d'eau que la Ville a acheté sont des gadgets dont on pouvait se passer?  Est-ce que le restaurant de 300 places du futur aréna est un gadget dont on pourrait se passer? Est-ce que le nouveau pont Mountain à 4-voie est un gadget dont on pouvait se passer?  Les réponses à ces questions ne seront toujours que des opinions personnelles et non des vérités absolues.  Après tout, les Amish vivent bien sans électricité et ils ne sont pas plus malheureux que les autres.

Ce qui est important, c'est que dans le groupe, on s'entend tous sur la définition de ce qui est nécessaire ou non.  Malheureusement, certaines personnes utilisent l'endettement comme façon de faire passer leurs projets au lieu de convaincre convenablement le reste du groupe.  Comme le projet semble gratuit puisqu'il n'y a pas de facture à payer, les gens ne voient pas l'impact réel de la dépense et ils ne voient donc pas l'utilité de se priver d'une «chose qui ne coûte rien».

«Reste que l'endettement des Canadiens, jeunes et moins jeunes, devient plus préoccupant que jamais puisque la situation empire. Comment enrayer ce fléau puisqu'on ne peut pas vraiment à cette fin compter sur les commerçants? Et comment, enfin, discipliner les acheteurs et leurs prêteurs? Beau casse-tête!»

Un casse-tête pas si compliqué que ça.  L'endettement c'est un fléau comme les jeux de hasard:  À petite dose, les dommages ne sont pas très grands et facilement supportables.  Le problème est qu'ils créent une accoutumance et peuvent facilement devenir incontrôlable.  La meilleure solution est de donner l'exemple:  Les gouvernements ne devraient jamais emprunter.  Il est extrêmement facile pour eux de gérer en payant comptant.  Si des politiciens disent le contraire, c'est parce qu'il veulent passer une idée qu'ils savent qui sera refusée si les citoyens apprendraient le coût réel.

Lorsqu'un gouvernement emprunte, il le fait au nom de chaque individu et, malheureusement, cela n'apparaît pas sur leur dossier de crédit.  Je ne suis pas certain que si les famille de Granby verrait une dette moyenne de 2 500 $ apparaître sur leur dossier de crédit, que tous trouveraient les investissements faits par la Ville aussi pertinent que Richard Goulet le dit.  Si la Ville aurait augmenté les taxes de 2 500 $ ces 4 dernières années (soit environ 625 $/année), nous aurions eu le véritable pouls de la population concernant la nécessité des investissements.  Si les investissements sont réellement importants aux yeux des citoyens, une facture moyenne de 625 $ supplémentaire sur un budget de 40 000 $ est une bagatelle.  SI les investissements sont considérés nécessaires.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.