samedi 21 mars 2009

Dette 103: Créer une dette ou comment les politiciens deviennent des héros

Ceci fait suite aux blogs "Dette 101" et "Dette 102". Il est recommandé de les lire ou les relire avant de poursuivre votre lecture.

Version simplifiée pour ceux qui n’aiment pas les chiffres

En lisant les blogs "Dette 101" et "Dette 102", on ne voit aucun avantage à avoir une dette. Alors pourquoi les politiciens en font-ils? Pour répondre à la question, voyons comment on crée une dette.

Imaginons que le maire d’une ville qui n’a pas de dette et qui a un taux de taxes de 80 ¢, décide d’emprunter 9 millions$ chaque année. Ceci aura pour effet de gonfler les revenus de taxes sans en demander plus de la part des citoyens. Le tableau suivant illustre le phénomène.

L’année 0 est la première année où le maire emprunte 9 millions$. Avant cette année-là, la ville payait comptant, alors le taux de taxes équivalent dépensé par la ville est exactement le taux de taxes payé par les citoyens. Comme on peut le voir, à partir de l'année 0, le maire possède maintenant la même marge de manœuvre que s’il aurait augmenté le taux de taxes à 1,03 $. Cette marge de manœuvre diminuera graduellement chaque année pour se stabiliser à 70 ¢ après 15 ans d’emprunt, soit 10 ¢ de moins que ce que les contribuables payent. À ce moment, la dette aura atteint 80 millions$ et y restera tant et aussi longtemps qu’on empruntera 9 millions$ chaque année (voir "Dette 101").

Mais peut-être avez-vous déjà vu ce graphique? En effet, c’est exactement le même graphique présenté dans le blog "Dette 102". La différence c'est qu'en créant une dette ce ne sont pas des revenus supplémentaires que l'on doit imposer aux contribuables, mais bien des revenus supplémentaires "apparus comme par magie" dans le budget de la ville. Ceci signifie que la première année, le maire d'une ville où le taux de taxes est 80 ¢, pourra dépenser l'équivalent d'un budget où le taux de taxes serait de 1,03$. Pour les citoyens, il semble être un magicien qui fait la multiplication des pains. Même après 11 ans (année 10), il réussi à "augmenter" le budget de 1 ¢. C'est après que ça se gâte. C'est après que le maire commence à chercher de l'argent partout.

Mais dois-je vous rappeler qu'il y a une élection à tous les 4 ans? Notre bon maire a réussi à passer au travers de 3 élections. Parions qu'un maire qui fait de tels cadeaux à ses citoyens n'a pas eu de difficulté à se faire réélire.

Être le héros ou le méchant?

Imaginons maintenant que la ville a déjà une dette majeure et que le maire, qui ne sait plus où trouver l'argent, a le choix entre diminuer la dette ou faire un plus gros prêt que l'année précédente et augmenter la dette. Le premier cas est celui présenté dans "Dette 102", c'est-à-dire qu'il doit augmenter les taxes ou couper les services; il sera perçu comme un méchant ou pire, comme un incompétent. Le deuxième cas est celui où il "augmente" ses revenus sans taxer davantage; il sera perçu comme un héros ou pire, un bon gestionnaire. Malgré que dans le deuxième cas la dette augmente et que la perte annuelle versée en intérêts augmentera dans les années futures, la solution est tentante même si elle relègue aux générations futures une décision encore plus difficile à prendre.

Cette tentation c'est exactement celle que les Montréalais n'ont su résister. Ils ont emprunté dans les années 60, puis, lorsqu'il fut le temps de commencer à rembourser dans les années 70, ils se sont rendetté, créant une richesse artificielle. Nous sommes aujourd'hui tous témoins du bourbier financier dans lequel ils se sont enlisés.

Dans le prochain blog j'expliquerai les effets pervers des emprunts dus aux facteurs humains qui empirent encore plus les choses.

Version détaillée pour les sceptiques (ou les curieux)

En suivant l'exemple déjà établi, voyons comment on crée une dette de 80 millions$ avec une série d'emprunts annuels de 9 millions$ remboursable sur 15 ans à un taux d'intérêt de 5%.

Comme on peut le voir sur le graphique précédent, la dette augmente rapidement au début pour finalement se stabiliser à 80 millions$ à partir du 15e emprunt. La raison est que chaque année on rembourse un peu plus notre dette avec chaque paiement des emprunts précédents, jusqu'à ce que la portion "remboursement" de nos paiements se stabilise à 9 millions$, c'est-à-dire l'équivalent de ce que l'on emprunte chaque année (voir "Dette 101" pour plus de détails).

Le graphique suivant illustre le montant d'argent supplémentaire disponible avec chaque emprunt.

La première année nous avons 9 millions$ de revenu supplémentaire, soit la totalité de l'emprunt. La 2e année, nous avons le 9 millions$ emprunté moins le premier paiement de l'emprunt de l'année précédente (867 000 $). La 3e année, on doit soustraire le 2e paiement du premier emprunt ainsi que le premier paiement du 2e emprunt (2X 867 000 $). Ainsi de suite, jusqu'au 16e emprunt où il y aura toujours 15 paiements simultanés, puisque le premier emprunt aura atteint son échéance (Voir "Dette 101").

Si on convertit le tout en cent par 100 $ d'évaluation, pour une ville comme Granby, on obtient le graphique suivant.

Ce sont exactement les mêmes graphiques présentés dans le blog "Dette 102". La différence c'est qu'en créant une dette ce ne sont pas des revenus supplémentaires que l'on doit imposer aux contribuables, mais bien des revenus supplémentaires "apparus comme par magie" dans le budget de la ville.

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